23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 11:23

La gare déserte illuminée attend les rames sur ses quais,

il est 5 heures,

Les voyageurs vont arrivées emmitouflés comme leurs paquets ,

il est 5 heures,

Marie... se lève.

Marie... j'ai encore sommeil.

 

Comment vous dire ?

 

Ce samedi matin, me suis trouvé devant la gare de fort bonne heure pour y accompagner Yola.

Yola ma puce, mon ange, mon bébé part avec sa bande de danseurs à Poitiers pour je sais pas trop bien quoi faire au juste.

La voir à 15 ans ainsi partir sur le quai heureuse vers le début de sa nouvelle vie qu'elle se doit d'inventer me laisse seul et songeur.

C'est en regagnant ma voiture sur le parking que je l'ai aperçu.

Sur la portière d'une mini-austin flambant neuve et chromée était apposé un encart publicitaire.

En son centre on pouvait lire : «Coach de vie».

Il y en a qui ne manque pas d'air à moins que ce ne fusse la voiture de fonction de Dieu himself.

 

Les crabes, les noix sont déversés sur les étales du marché,

il est 6 heures,

Les mareyeurs,les fromagers montent leur stands en tablier,

il est 6 heures,

Marie... se relève,

Marie... j'ai toujours sommeil.

 

Au PMU le Parisien : un grand café s'il vous plaît.

Il n'est pas que les partons qui sont polis dans ce bar.

Mon portable et son système d'exploitation (sic) WINDOWS est lui aussi de plus en plus courtois : Le «Bienvenue» mouline de plus en plus longtemps sur le fond bleu (de l'écran noir de mes nuits blanches) avant qu'il ne se passe quelque chose.

Le temps de prendre un autre café en tout cas.

«Bienvenue» soit, mais où au juste, pour quoi y faire Mister Bill ?


Hier soir ce fut soirée spéciale au Bout du Rouleau.

J'ai négligé mes amis de comptoir pour un rendez- vous avec un ancien collègue d'objection de conscience poitevin . C'est drôle comme il y a des gens qui restent fidèles à ce qui sont, à l'image qu'il nous ont laissé. Un type bien qui avec une belle vie bien remplie. Un récit de 20 ans de vie qui me rappelle à tel point j'ai du rater un aiguillage important dans mon parcours professionnel. C'est un peu comme si j'avais un beau matin, débarqué du wagon pour rester à quai. De ce quai je regarde figé comme un bovin passer les trains à grande vitesse en me ruminant des vies imaginaires.

En fait c'est un peu comme si j'étais venu vieux d'un coup : trop tôt, trop jeune, comme mis en retraite, sans aucune prise sur ma vie qui file de plus en plus vite.

Hier avant d'aller nous coucher, j'ai tenté de m'en excuser auprès de ma belle. De m'excuser de ce gâchis, de notre vie qui aurait put être financièrement bien moins précaire. Marie m'a rabroué. Elle s'en fout elle m'aime.

 

Les croissants chauds sont entassés et les tartines sont avalées,

Il est 7 heures,

Les belles filles en cirée suivent les diables dans les travées,

Il est 7 heures,

Marie... sommeille,

Marie... je n'ai plus sommeil.

 

La précarité matériel j'avoue que m'en contre fout.

S'il est un moyen radical de s'affranchir de la société de consommation : c'est de devenir pauvre.

J'ai encore un peu de marge pour me retrouver SDF dans mon camion mais bon s'il faut en passer par là.

La vie ne tient pas a grand chose en fait et on peut vite basculer dans le côté totalement obscure.

Cela a faillit m'arriver en ce début de mois de janvier. J'en suis pas fiers mais m'en vais tout de même vous le raconter.

Tout avait commencé un beau matin par un coup de fil pour un bouleau au bout du rouleau. Incroyable de commencer l'année par un dépannage dans mon café préféré.

L'affaire fut réglé en début de matinée et nous décidions avec le patron et quelques amis habitués de fêter comme il se doit cette efficace intervention par une première tournée de vodka. Jusque là rien d'anormal car on ne devait pas être bien loin de l'heure de l'apéro.

Ensuite, c'est là que mon «coach de vie» était au abonné absent.

Les tournées se sont enchaînées dans la joie, l'allégresse et l'amitié.

Toujours est-il que cela m'a valu une jolie photo de Cyril mon photographe-portraitiste préféré et la non moins mémorable réplique de Pascal quelques jours après :

«- Oui je me souviens j'ai du arrivé après le bouleau vers 17h et tout le monde parlait en braille dans le bistroquet».

Bref la nuit venue j'ai du partir comme j'étais venu dans mon express de plombier.

Au premier virage j'ai explosé mon pneu sur la lisse métallique du pont levis du bassin des chalutiers. J'ai poursuivi cahin-caha mon chemin jusqu'à mon domicile et me suis endormi dans le canapé.

Le lendemain j'ai donc du changer ma roue pour repartir bosser : la jante avait la forme d'un coeur emballé de quelque reste de pneu en charpie.

Quelques jours après j'ai crevé une deuxième fois et au moment de changer la roue, je me suis rappelé que je n'en n'avais plus d'opérationnelle à bord.

C'est dans ces situations là qu'on se dit qui serait temps de reprendre un chouille sa vie en main. Ce qui tombe plutôt bien puisque le mois de janvier m'est toujours prolixe en résolutions.

 

Des dépravés exorbités se roulent des pelles sur les pavés

Il est 8 heures,

les sdf prennent leur café en tentant de se réchauffer

Il est 8 heures.

Marie... re-rêve,

Marie... il n'y a pas de soleil

 

Et la mini-transat dans tout ça ?

En 2017, elle prendra le départ de La Rochelle et ça me mâche (j'étais tellement sûr d'y arriver).

J'ai la chance de passer de plus en plus de temps avec des marins qui me racontent leurs histoires de mer dans mon micro. Hier l'un des plus prestigieux m'a confié qu'après deux courses autour du monde, à 53 ans, il a arrêté sa carrière de coureurs au grand large car il avait peur de faire la course de trop.

En 2017, j'aurai moi aussi 53 ans et je me dois de vous annoncer que je n'aurai toujours pas fait la moindre course de trop !

Ce rêve de mini-transat s'éloigne au fur et à mesure que mon compte-en-banque s'étale à marée basse.

Certes cette course reste la plus accessible des courses au large en solitaire, mais elle nécessite d'avoir pas mal de fric pour y participer.

Donc comme j'en n'ai pas et suis pas prêt d'en avoir, je vais me résoudre à vous la raconter la prochaine mini-transat rochelaise. Vous la raconter au travers des récits de marins qui vont eux la faire. Je ne sais pas encore quelle forme prendra ce récit. Mais vais essayé d'y mettre la passion et l'énergie qui me restent.

Cela aura au moins le mérite de décentrer ce «journal de bord», voir de l'arrêter car il n'y a plus aucun bord en mini depuis bien trop longtemps.

Je voulais vous remercier d'y avoir porté un tant soit peu d'attention car ce rendez-vous avec vous et l'écriture m'a permis tout simplement de survivre.

Aussi vous dire que j'ai toujours été étonné que beaucoup d'entre-vous le lise, un peu à la façon de promeneurs de bord de mer qui trouvent un message dans une bouteille échouée sur la plage.

Je vous serai à jamais reconnaissant pour cette forme de compagnonnage virtuel.

Et comme c'est encore le temps des voeux : je vous adresse les miens pour la belle année qui s'annonce :

Continuer à poursuivre toujours plus loin vos rêves d'enfants et surtout aimer vous les uns les autres.

Et quoi d'autre «Monsieur le coach de vie» ?

Gardez le cap ou n'hésitez à virer de bord : soyez l'heureux barreur de la vie qui vous reste et surtout en tant qu'homme (ou femme libre) continuer toujours de chérir la mer.

 

Les grands fumeurs font des allers sur les pavés pour re-cloper,

Il est 9 heures,

les ménagères sont arrivées et leur cabas encore légers,

Il est 9 heures,

Marie... m'appelle,

Marie... mon rayon de soleil.

 

 

A votre santé et que du bonheur !

A votre santé et que du bonheur !

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Published by notretransat650.fr - dans Mon journal de bord
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commentaires

Malou 23/01/2016 23:35

troublée, touchée! pas de mini-transat mais des rencontres incroyables!, enrichissantes, passionnantes, avec les Marins, Des voyages partagés à bord de leurs bâteaux, déparst au large , découvertes de nouveaux lieux tant magnifiques que magiques, lointains et merveilleux, partage d' autres cultures et connaissances, A Terre, Radio Collège, voyages quand même, pénétrés, transportés par les récits des Marins, Le BDR et son patron, qu' on aime et respecte, lieux de rencontres aussi des Marins, dans ta vie privée , ta Princesse de 15 ans ans et ta Reine Marie qui t' Aime! et ben moi je dis qu' en rien tu as loupé ta Vie ! tu es comblé de joie de bonheur même si tout n' est pas toujours Bleu tous les jours, les petits riens du quotidien sont les plus belles richesses des années passées et Avenir! C' est pas encore pour cette année cette mini, mais déterminé comme tu l' es alors elle ne peut être que reporter! Bises a bientôt!

Thierry 24/01/2016 23:39

Merci Malou pour ton message super sympa. Je t'embrasse.

Didier Cabon 23/01/2016 13:12

Thierry, nous te suivons depuis le début de ton aventure. Alors certes tu ne partiras pas cette année. Mais ne crois pas un instant que tu as loupé ta vie. Tu as réuni de très nombreux amis autour de toi et de ton projet. Même s'il ne se réalise pas comme tu l'aurais souhaité; tu as fait des dizaines de rencontres qui - elles - changé le cours de ta vie. Moi je vais essayer de partir sur la Clipper 17-18. Malgré un poignet gauche lourdement fracturé en juillet. Malgré un surpoids évident. Ce n'est pas gagné. Mais ce sont les rêves qui font aussi la vie. Amitiés et vive les Stades !

Thierry 23/01/2016 13:22

Merci Didier : ma vie je ne crois pas la mini pour l'instant... Serais ton principal supporter pour la Clipper. Je vous embrasse