18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 09:20

Je m'suis fait tout p'tit devant une poupée

Qui ferme les yeux quand elle ouvre la bouche

Je m'suis fait tout p'tit devant une poupée

Qui se raconte quand on la touche


Comment vous dire...

Voilà trois ans et demi que j'invite toutes les semaines de nouveaux invités dans les studios de RADIOCOLLEGE. Des marins qui me parlent de voiles et de mer.

C'est une sorte d'invitation au voyage.

Un voyage immobile aux pieds de micros avec nos voix transportées par les ondes.

Faute de n'avoir pu partir en course au grand large à mon tour, je me nourri de leurs récits. Ils m'aident à vivre au port, aux portes de mon rêve, de ma grande évasion.

 

En ce jeudi 11 février, je recevais Karen LEIBOVICI pour mon émission de radio Notre Transat à RADIOCOLLEGE.

Cela ne restera pas pour moi ma plus belle émission tant j'étais crispé par l'aura de mon invitée. Trop stressé aussi par le temps limité de l'émission : il aurait fallut bien plus d'une heure pour tout nous raconter.

Car Karen je l'ai croisée fortuitement dans l'exercice légal de mon métier de plombier il y a quelques années sans savoir qui elle était. Et quand j'ai enfin pu établir le rapport entre elle et la navigatrice qu'elle était en tapant comme un inculte son nom sur internet, il était trop tard... j'étais déjà trop intimidé pour l'inviter au démarrage de mon émission : «Notre Transat».

Puis le temps a passé. Puis j'ai pu à nouveau lui adresser la parole pour enfin l'inviter à venir se raconter.

Le problème des marins virtuels du Vendée Globe, comme moi, c'est que tous les marins qui l'ont fait pour de vrais sont nos icônes, nos héros.

Est-ce d'avoir «partager» avec eux ce tour du monde scotché devant nos écrans d'ordinateur de jour comme de nuit durant des mois ?

Est-ce avoir rêver aux mers du sud, «franchi comme eux» les caps australes des continents qui nous impose cette forme de respect suprême envers tous ceux qui l'on fait en vrai ? Est-ce l'espoir de suivre l'ombre de leur ombre ?

Toujours est-il que les navigateurs du Vendée Globe sont pour nous des inaccessibles étoiles. Et de ce retrouver devant une de nos «stars» demeure un exercice à la fois périlleux et fort éblouissant.

Des marins du Vendée globe, si mes comptes sont bons, j'en avait déjà invité quatre à la radio : Arnaud BOISSIERE, Benoît PARNAUDEAU, Jean-Yves TERLAIN et Pierre FOLLENFANT.

Karen était donc la 5ème : la 4ème en fait si l'on prend le décompte de ceux qui l'on entièrement bouclé.

 

Mais Karen, c'est pas que le Vendée Globe, c'est aussi «Karen Liquid'» : le nom de son bateau avec lequel elle a fait aussi la mini-transat.

Ce bateau Sébastien MAGNEN son compagnon de l'époque l'avait construit à Nantes au chantier JTA (Jeanneau Techniques Avancées). C'est le premier bateau au monde en mousse époxy injecté. Toute une aventure qu'ils ont ensuite partagé avec la joyeuse bande des marins de VOILES SOLITAIRES 17 : Richard MERIGEAUX et Benoit PARNAUDEAU, Yannick BESTAVEN et Arnaud BOISSIERE, Jean-Christophe CASO et tant d'autres ...

Sébastien en avait dessiné les plans.

L'histoire de ce bateau est aussi célèbre qu'elle dans le milieu de la mini-transat.

Séb MAGNEN a remporté deux fois de suite la mini-transat à son bord (en 97 et 99) et reste à ce jour le seul homme a avoir dessiné, construit et donc remporté deux fois la mini avec son bateau.

En 2001, Séb et Karen ensemble à bord ont remporté le mini-fasnet, puis Karen a ensuite fait seule sa mini-transat (9ème).

Le bateau a ensuite changé de main : Adrien HARDY enchaîne deux autres mini-transats (2005-5ème et 2007-7ème).

Puis c'est au tour d'un autre Sébastien : PICAULT avec son sponsor de chaussures pour enfants «KICKERS» de poursuivre les mini-transats (2009-19ème et 2011-12ème). Il repart aussi en 2013 mais abandonne.

La grande Histoire de ce bateau ne s'arrête pas là : Il devient le premier mini-volant quand il est ensuite équipé de foils pour servir de laboratoire d'essai au nouvel IMOCA d'Armel LECLEACH: «Banque populaire» qui s'alignera au départ du prochain Vendée globe le 26 novembre prochain.

 

Pour la petite histoire, chaque mini a son propre numéro et «Karen liquid'» est le 198.

C'est le premier mini que j'ai regardé avec attention à son départ à la Rochelle pour la transat 2011. La raison en était simple. Nous allions voir avec ma fille l'hippocampe qu'elle avait dessiné sur ses voiles.

Puis nous avons assisté pour la première fois au départ de la mini-transat en mer invité par mon ami Alain MILBEO sur un Yacht Classique.

C'est en voyant partir vers le fort Boyard tous ces minis colorés que j'ai eu l'idée de tenter de faire un jour la mini-transat.

 

Je m'étais fait tout p'tit avec ma poupée

En cherchant KIKERS à notre poupe

Je m'suis fait tout p'tit avec ma poupée

Qui dit «Maman j'ai vu sa bouche».


La veille de l'émission, le mercredi soir était rediffusé le film : «le nom des gens». C'est un de mes films cultes que nous revîmes avec plaisir. Si vous n'avez pas vu ce film sorti en 2010 : précipitez vous pour le voir (il est sur YouTube).

C'est infiniment libertin, drôle et émouvant, totalement décalé dans le contexte actuel, avec une étincelante et ensorcelante Sara FORESTIER qui tombe amoureux d'un réservé et non moins sensible Jacques GAMBLIN. Les nostalgiques socialistes se délecteront de l'apparition en guest star de Lionel JOSPIN.

A déguster sans aucun principe ni précaution. On en ressort une «triple flèche dans le cœur».

 

Je m'suis fait tout p'tit devant cette poupée

Qui ouvre les yeux quand on la touche

Je m'suis fait tout p'tit devant cette poupée

Qui politique quand on la couche


Le lendemain de l'émission, je me suis rendu au bassin des chalutiers pour aller voir à quoi ressemblait «cigare rouge». C'est donc un bateau de 60 pieds gréé en ketch (avec un deuxième petit mat d'artimon) qui jouxte la passerelle.

Sur ce bateau, Jean-Luc Van Den HEEDE finit deuxième du second Vendée Globe (1992-93) en 116 jours et 15 heures.

Ensuite c'est au tour de Catherine CHABAUD d'achever le Vendée Globe (1996-97) à la 6ème (et dernière) place en 140 jours et 4 heures.

Puis c'est de Joé SEETEN qui finit le Vendée Globe (2000-2001) à la 10ème place en 115 jours et 16 heures.

Enfin c'est donc Karen LEIBOVICI qui achève le Vendée Globe (2004-2005) à la 13ème (et dernière) place en 126 jours et 8 heures.

Assis sur la passerelle, je contemplais ce bateau de légende, désormais à l'abandon. Que c'est triste qu'un tel bateau ne soit pas récupéré pas le Musée Maritime à l'instar d'un «Josua» ou d'un «Damien» (bientôt).

Il en a pourtant vu défiler des milles sous sa quille pendant ses quatre tours du monde et il a tant d'histoires à nous raconter.

Je tente aussi d'imaginer Karen à bord de ce fameux n°8 pendant 126 jours.

Karen qui juste avant son départ avait eu un grave accident et part avec un dos en vrac rafistolé de ferraille. Comme elle a du souffrir ainsi balloté par les flots en l'attente des autorisations périodiques pour pourvoir prendre ses médicaments antidouleurs ?

Comment y a t' elle aussi apprécié tant de spectacles extraordinaires de la nature ? Les apparitions tant étincelantes qu'inquiétantes des icebergs, les féeriques et luminescentes aurores australes, les longs surfs sous les ailes des albatros, les éblouissantes nuits étoilées avec la croix du Sud au zénith...

Comment son esprit ne l'a pas abandonné dans une si longue et douloureuse divagation ? Où a t-elle puisée les ressources pour aller jusqu'au bout et encourager aussi Benoît PARNADEAU à ne pas abandonner à Rio ?

Tout ça Karen me l'a racontée le vendredi soir. Après la traditionnelle visite à la Maison du Yacht Club Classique, nous poursuivions la soirée en compagnie de Richard MERIGEAU «au bout du rouleau».

Je lui dit alors qu'en recherchant son nom sur FACEBOOK, j'ai retrouvé une de ses homonymes : une femme politique canadienne. Karen la connaissait, elles étaient rentrées en contact par mail pendant son Vendée globe.

C'est alors m'interrogeant sur l'origine de sa famille, je me suis risqué une question en forme de «triple flèche dans le cœur».

Juste une question sur le nom des gens.

Evidemment avec un nom pareil Karen a aussi à voir avec l'Histoire de France.

Un père dont la professeur de violon et de piano dénonce sa mère à la milice.

Un père sauvé in-extremis de l'Holocoste par le sacrifice de sa mère.

Un père caché dans une famille de justes en Normandie sous l'occupation, puis adopté par ses tantes alors que ses parents ne sont jamais revenus.

Un père devenu pupille de la Nation.

Et de nouveau :

 

Je m'suis fait tout p'tit devant une poupée

Qui ferme les yeux quand elle ouvre la bouche

Je m'suis fait tout p'tit devant une poupée

Qui se raconte quand on la touche

 

Pour finir, vous racontez enfin comment j'ai osé invité Karen à la radio.

Il allait pleuvoir sur le bassin des chalutiers ce jour-là. La tempête s'annonçait.

Des bourrasques balayaient les quais, chacun cherchant l'endroit où s'abriter des grains imminents.

Et c'est là qu'elle m'apparut.

Au pied du mat du Class 40 n°68, Karen s'affairait.

Il lui fallait coûte que coûte rentrer les voiles avant la tempête.

M'avançant sur le ponton je la salua lui proposant un coup de main.

Karen sourit: «-Pourquoi pas si tu n'as rien d'autre à faire !»

La grand voile d'un class 40 est gigantesque : rien avoir avec la surface de voile d'un mini. Il fallut retirer les lattes forcées avec une clef à mollette avant de plier la voile.

A la réflexion me suis dit qu'elle aurait fait tout aussi bien cela toute seule (en solitaire), alors que cela m'apparaissait impossible à faire.

Elle a du m'accepter à bord juste pour me faire plaisir.

Sur ce class 40, Karen envisage de repartir pour refaire des courses au large en solitaire, toujours à la poursuite de son rêve de partir seule en mer se confronter aux océans. Pour Karen se serait plutôt se re-confronter où voire se réconforter sur l'océan.

Elle cherche des sponsors pour l'accompagner dans cette nouvelle aventure.

Que moi je ne puisse prétendre à aucun sponsor pour faire ma première mini-transat, j'ai fini par l'admettre.

Mais avis aux partenaires pour accompagner Karen : c'est de loin un pari bien moins risqué ( ;-) ), et qui vous voudra la reconnaissance infinie du monde des vrais marins mais aussi des rêveurs qui se passionnent pour leurs histoires de mer.

 

Je n'avais jamais ôté mon chapeau

Devant personne

Maintenant qu'elle repart avec son bateau

Quand le canon tonne

J'étais mécréant, elle m'a fait toucher

l'océan par ses litotes

J'avais des rêves d'loup d'mer, je les ai changés

Pour suivre ses bottes

 

Nous sommes fait tout p'tit devant une poupée

Qui ferme les yeux quand elle ouvre la bouche

Nous sommes fait tout p'tit devant une poupée

Qui se raconte quand on la touche...


 


 

 

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