20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 10:43

Comment vous dire... C'est donc le printemps et je m'autorise à une petite digression sur "mon journal de bord" : mon journal sans bord plutôt.


Il y a des histoires de marins qui remplissent mes rêves et des histoires de copains d'une vie d'avant faute qu'elle soit d'aventures.

Parmi eux il y a un certain Benoît, non pas qu'il fasse partie de mes amis - la vie ne nous en n'a pas laissé le temps- mais c'est un compagnon de ma compagne. Un compagnon de la campagne serait juste aussi.

J'ai vu récemment sur FACEBOOK que mon Benoît avait un peu le mal de vivre dans sa ferme. Cela aurait pu passer inaperçu dans le flot d'articles journaliers qui échouent sur mon fil d'actualité.

Mais là, sa publication était plus personnelle : il s'agissait d'exprimer sa grande lassitude à demeurer un agriculteur bio dans un monde agricole qui ne leur laisse que des miettes de nos festins.

Aussi, par hasard, j'ai récemment recroisé Benoit à un concert à la Sirène où il était invité avec d'autres radicaux de sa bande. Moi c'était ma compagne qui m'avait invité et en fait, j'avais peu goûté au concert d'Ibrahim MAALOUF et non MATOUFFE ce qui m'aurait semblé plus rigolo.

Enfin ça, c'est une question de goût musical personnel mais bon… pas très emballé par ce déversoir de mélodie « Bontempi » mixé à la trompette avec des clips un peu niais et des flots d'effets lumineux. J'n'étais pas dans le trip, il faut dire que je devais partir avant la fin pour chercher ma petite sirène à moi à la Coursive.


J'ai quelques vieux souvenirs avec Benoît  et notamment l'histoire d'un âne qui s'appelait « Ion ».


« Un âne ? Que nenni ! " s'insurgerait Benoît : c'était un Baudet du Poitou.

C'était du temps où Benoît s'occupait de placer les baudets de l'âsinerie du Poitou dans différents endroits pour contribuer à la promotion de cette race locale.

J'en avais récupéré un pour « ma » réserve naturelle.

Il se trouve que malgré nos soins et nos efforts, « Ion » avait peu goûté à la vie sauvage et un jour, il mourut.

Cette nuit là, étaient-ce les hulottes qui hululaient, les grenouilles qui coassaient, les engoulevents qui « mobilettaient » ou les cerfs qui bramaient, je ne m'en souviens plus. C'était en quelle saison ? Plutôt en fin d'hiver ou au début de printemps car il faisait froid cette nuit là.

Je me souviens avoir passé la nuit blotti contre son flanc à même la paille sous une bergerie en brande que nous avions construite pour nos troupeaux.

Je me souviens que la meneuse et moins farouche des chèvres poitevines s'était laissée caresser cette nuit là. Que les brebis Charmoises et Solognotes m'avaient laissé leur place et qu'au matin, mon « petit »  Ion est mort.

Je me souviens que la nuit était claire et que l'étoile du Berger avait veillé sur ma petite arche de Noé et qu'il ne manquait plus que l'arrivée des rois mages.

Je me souviens des chevauchées bruyantes et familières des hordes de sangliers non loin de la bergerie et de ma tristesse au petit matin. Chagrin.
 
Voilà c'était juste pour raconter ça à Benoît (je n'avais pas osé avant et il doit y avoir prescription). Tout ça pour lui dire que ce lien qu'il a avec la terre, les animaux et les saisons, il peut en être fier et continuer à le cultiver.


Il peut aussi être fier aussi de son combat contre les oligarques céréaliers qui ont réduit notre campagne et nos marais en déserts poussiéreux à pesticides, s'acharnant à leur retirer toute trace de vie sauvage et toute présence de nos animaux domestiques qu'ils préfèrent aller acheter au supermarché.

Que comme beaucoup je me sens solidaire de ce combat qu'il a entrepris contre les nantis de l'Agriculture qui se sont construis des empires agroalimentaires et politiques à grand coup d'argent public depuis la sortie de la dernière guerre mondiale, oubliant toute solidarité avec le reste de la population française en général et avec leurs propres collègues en particulier.

Tous ces nantis qui n'ont de cesse que de récupérer la terre grâce aux complicités des SAFER et du Crédit Agricole (dont ils trustent les CA) et des Conseils départementaux (dont ils se repassent les sièges).

Et cette terre, c'était  les terres des plus faibles de leurs voisins agriculteurs comme eux et en à peine un demi-siècle, ils ont  fait table rase de toute l'agriculture paysanne.

Lui dire aussi que nous sommes tout aussi affligés que lui dans ce spectacle médiatique d'agriculteurs qui défilent dans les grandes surfaces montrant du doigt de la viande immigrée.

On a toujours l'étrange impression dans ces reportages à flot continu que le meneur de la manif, le tireur de ficelle vient de descendre de sa grosse Mercèdès et vient d'enfiler sa combinaison et ses bottes pour se faire le porte-parole des plus faibles alors qu'il sait déjà que demain, il va pouvoir acheter leurs petites exploitations pour son projet de ferme à mille vaches.

Quelle gabegie, quelle curie et incurie, que de mensonges on nous enfourne à coup de slogans comme "les produits laitiers sont nos amis pour la vie".

Que de fariboles alors que ces grands céréaliers boursicotent sur la faim dans le monde, inondant à grand coup de subventions européennes le tiers monde de leurs silos de La Pallice, détruisant là-bas toute forme d'agriculture vivrière, tout forme de vie paysanne.

Mais quelle honte ?! Mais comment peuvent-ils se regarder en face tous ces notables qui sèment et profitent de la misère ?

Bref, Benoît ne lâche rien. Tiens bon et continue à chercher des chemins de traverses pour inventer une paysannerie de demain.


J'ai bien noté que tu avais un gros problème de trésorerie et de versement de subventions agricoles. Mais de l'argent public tu en as déjà eu et tu saurais encore en mériter en innovant comme tu l'as toujours fait : Re-convertir en bio une  l'exploitation familiale céréalière, ce ne devait pas être une mince affaire, sachant que tu avais tout à perdre financièrement de ce choix écologique.


J'ai également vu su ton FB que tu t'étais récemment fâché avec tes « amis » VEGAN qui te reprochent de produire de la viande.
Qui sait s'ils n'ont pas raison ? Qui sait s'il ne faudra pas reconvertir ton exploitation (comme tu n'aimes pas dire) pour produire de la protéine à base d'insectes ou que sais-je d'autre qui soit compatible avec l'avenir de notre planète ?

Quoiqu'il en soit, je t'intime l'ordre de conserver une partie de ta ferme pour élever tes vaches même si ce n'est que pour le plaisir de les accompagner dans ta transhumance.

Et saches que c'est aussi notre plaisir de t'écouter en vacher nous raconter l'histoire de la paysannerie d'autrefois et partager ce lien que tu continues à entretenir avec tes bêtes et le cycle des saisons.

Garde des vaches même si ce n'est que pour nous rappeler, ne serait-ce qu'une fois dans l'année, autour d'un barbecue géant, le goût de la viande.


Tu sais Benoit, moi, mes grands-parents, ils n'étaient pas paysans. Leurs parents avaient déjà quitté la campagne pour aller vivre dans les villes. Déracinés, pour eux la nature devait se résumer à sa plus simple expression. Les plantes s’appelaient "fleurs", les arbres "arbres", les oiseaux "oiseaux" et les poissons et les animaux prenaient les noms de leurs appellations des étales du marché ou des parcs animaliers.

Le contact avec la nature était rompu et devait se résumer à des balades dominicales à la plage ou dans les forêts voisines pour des pique-niques agrémentés de longues siestes après les parties de pétanque.

Par hasard ou par nécessité, j'ai dû jadis apprendre les noms de la flore et la faune sauvage (de la réserve naturelle surtout). Cela occupa 15 ans de ma vie. Depuis 10 ans de retour à La Rochelle et ma passion pour des histoires de mer, j'ai quasiment tout oublié de ce fourmillement de biodiversité, de sauvagerie. Il me reste l'horloge des oiseaux familiers qui accompagnent mes réveils précoces et les chants des rainettes et des grenouilles. Parfois exceptionnellement, je peux croiser dans mon petit jardin urbain, un agrion ou un hérisson. Parfois être ébloui par les chants d'amour lumineux des vers luisants. Mais c'est bien pauvre et bien peu.

Aussi le cycle des saisons s'estompe en ville.

J'ai bien peur que je ne transmettrai pas grand chose de culture naturelle à ma fille, ma petite devenue fille de La Rochelle.

Alors Benoît, si tu peux contribuer à perpétuer ce rôle de conteur. De nous faire partager ta proximité avec ton environnement naturel et paysan, cela reste une mission capitale.

Et dis-toi aussi que tout est relatif dans ta situation. Que le verre dans ton cas est plutôt à moitié plein et que tu as somme toute pas tant de raisons de te plaindre.


Voilà. Littéralement à la fin de l'envoi de mes articles, j'essaie de toucher.

Par exemple, je connais un paysan de tes homonymes qui est bien plus précaire que toi.
Et puis la vie de néo-plombier urbain n'est pas si matériellement enviable qu'on pourrait le croire, ta précarité semble somme tout très relative.

Enfin comme dans les fêtes paysannes, tout finit par des chansons en voici une petite de « Radical Face ».

Amitié.

Thierry, ex-conservateur de la Réserve Naturelle du Pinail ;-)

Sleep don't visit, so I choke on sun

Le sommeil n'arrive pas, alors je m'étrangle avec le soleil,

And the days blur into one

Et les jours s'estompent en un seul,

And the backs of my eyes hum with things I've never done

Et le fond de mes yeux bourdonne à cause des choses que je n'ai jamais faites.

 

Sheets are swaying from an old clothesline

Les draps se balancent sur une vieille corde à linge,

Like a row of captured ghosts over old dead grass

Comme une rangée de fantomes, capturés au dessus d'un vieux gazon mort.

Was never much but we made the most

Cela n'a jamais été énorme, mais nous avons fait de notre mieux.

Welcome home

Bienvenue à la maison

 

Ships are launching from my chest

Les oiseaux sont l'inauguration de ma poitrine

Some have names but most do not

Certains ont un nom, mais la plus part n'en a pas.

If you find one, please let me know what piece I've lost

Si tu en trouves un, s'il te plait, laisse moi savoir lequel de ces morceaux j'ai perdu.

Heal the scars from off my back

Soigne les cicatrices sur mon dos,

I don't need them anymore

Je n'ai plus besoin d'elles.

You can throw them out or keep them in your mason jars

Tu peux les jeter, ou les laisser dans tes bocaux de maçon.

I've come home

Je suis revenu à la maison.

 

All my nightmares escaped my head

Tous mes cauchemars s'évadent de ma tête,

Bar the door, please don't let them in

Barre la porte, pitié, ne les laisse pas rentrer. .

You were never supposed to leave

Tu n'étais pas censé t'en aller

Now my head's splitting at the seams

Maintenant, ma tête se divise, au niveau des rides.

And I don't know if I can

Et je ne sais pas si je peux... .

 

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Published by notretransat650.fr - dans Mon journal de bord
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commentaires

fanfan 24/03/2016 22:21

Magnifique témoignage ! ne lâchez rien !! nous sommes avec vous !!! ce sont des gens comme vous qui nous aident à "tenir" dans ces villes inhumaines !!! continuez votre chemin !!

notretransat650.fr 25/03/2016 18:13

Merci Fanfan... bonne et belle route à toi

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