3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 15:00

AVERTISSEMENT POUR LE LECTEUR : Les chapitres sont classés dans un ordre inversé.

Voici ceux déjà publiés : Jour 10 - Jour 1 - Jour 0

 

JOUR 10 : 03/12/2016 à 15h00

Journal de bord schizophrénique d'un abandon virtuel pendant le Vendée Globe 2016 à bord de "notretransat650"

Mon coude va de mieux en mieux. Hier j'ai pu me débarrasser de l'atèle mais chaque fracas dans les vagues me rappelle la douleur vécue. Des fracas, il n'y en a en fait de mois en moins, le bateau glisse au portant dans des vents mollissant. Le pilote en mode vent d'abord à 150° puis depuis avant-hier à 140° du vent apparent fait lentement infléchir la route du bateau vers la mer caraïbe.

Bien peu de nouvelles du monde ces derniers jours, je rationne drastiquement l'utilisation de l'iridium faute de me retrouver sur la paille en débarquant. Et puis nul besoin de communiquer pour tenter de faire le buzz sur le site du Vendée Globe. Je suis hors course, Hubert LEMONIER, l'adjoint de la direction de course prend contact chaque jour pour sonder mon moral : Il est bon je vous l'assure. (ECOUTER Hubert à 10 min50s).

Je me retrouve comme un vieil homme et la mer, c'est parfait.

J'ai donc loupé l'enterrement du père du peuple cubain. Trop loin, trop long, même en IMOCA la route sera encore longue avant d'accoster à la Havane. J'y pense souvent à cette arrivée sans triomphe, à ces odeurs de la terre cubaine qui enivreront mes sens de marin sevré, à mon premier cigare que je me suis promis d'y inhaler.

En longeant les côtes brésiliennes, j'ai croisé quelques embarcations de pêcheurs : des bateaux usines gigantesques qui faisait hurler mes alarmes de bord quand nos routes de collision devenaient probables. Mais aussi bon nombre de bateaux plus petits, plus humains, plus pauvres, plus marins, parfois presque fantômes.

Et figurez-vous que l'un d'eux m'a accosté pour me proposer une ligne de pêche !

Du coup je l'ai troqué contre quelques vêtements techniques : cirés et polaires destinés à aller affronter les glaciales mers du sud.

Je ne verrais pas les albatros jouer dans les 50ème hurlants. Ces fringues non plus d'ailleurs, alors autant qu'ils les revendent à la marina de plaisance la plus proche : ce sera leur pêche miraculeuse.

Depuis donc je pêche.

Enfin du moins quand la vitesse du bateau le permet car même mené hors course, il file mon fidèle 60 pieds. Je pêche et je reste bredouille, comme si mes amorces qui me suivent au bout de ma ligne, n'inspiraient pas la compagnie. Ou pire. Comme si elles aussi se retrouvaient bien seules sous l'océan.

Pour paraphraser PASCAL : «le silence des océans infinis m'effraie». Comment imaginer que les hommes puissent réussir à vider les mers du globe de tous leurs poissons ? Cela fait combien de jours que je n'ai observé aucun vol de chasse d'oiseaux marins ?

Il me revient une conversion entre Jean-Yves TERLAIN et Christophe MAHĖ à bord du Columbus le lendemain de la fin du Grand Pavois de La Rochelle.

Christophe : c'est pas le chanteur mais son coéquipier sur UAP 1992 lors de la Lorient-Saint-Barth en 1989. Il continue de parcourir les océans (et de nous le raconter dans son blog) pour convoyer des catamarans flambants neufs que crache dans les eaux turquoises de la planète notre industrie nautique de nouveau florissante.

Je ne suis pas bien sûr qu'il y ait de plus en plus de pauvres sur notre planète, mais ce qui est certain c'est qu'y pullulent de fortunés propriétaires qui s'offrent un bateau comme on s'achète une pâtisserie : un dessert de rêve trop sucré pour une pause douce heureuse.

Christophe nous avait raconté qu'il y à 30 ans quand il lançait une ligne de traîne, la question était de savoir combien de minutes cela prendrait pour remonter un thon. Désormais c'est en jours qu'il faut compter et je le confirme. Si je reste bredouille : ce n'est pas dû à ma satanée malchance de pêcheur, comme celle qui collait à la peau du vieux Santiago.

Tiens à propos de TERLAIN (ECOUTEZ Jean-Yves) , il m'a envoyé un mail sympathique où il m'annonce que son bateau, le légendaire Columbus : un plan JOUBERT construit au chantier PINTA et mis à l'eau dans le bassin des chalutier il y à 30ans. Il vient d'être retenu par la commission mer de La Rochelle comme bateau amis du Musée Maritime pour l'année 2016.

Un juste retour des choses pour ce dernier des IMOCAS rochelais (voir le résumé de l'histoire du Columbus)

 

Sinon faute de pouvoir communier avec la faune océane, j'ai changé l'image de mon fond d'écran sur l'ordinateur de bord. C'est désormais une photo des toilettes de mon chez moi, de notre chez nous, un petit bout de mon intimité de terrien incontinent. Deux gros yeux m'y épient. Qui sait j'aurai peut-être la chance pendant cette navigation de croiser le regard avec un grand cétacé ?

Ah oui aussi j'ai pris téléchargé ma dose hebdomadaire d'entretiens de marins. C'est diffusé par une petite radio associative et encore libre qui tient ses studios dans un collège. Ce jeudi dernier c'est un certain Jean-Michel BENIER l'invité. (ECOUTEZ Jean-Michel)

Un invité plus peintre-écrivain que marin : plutôt même un marin d'eau douce des lacs jurassiens de son enfance. Ce samedi il dédicace son livre à la Maison du Yacht Club Classique. C'est dans ma ville de La Rochelle un lieu entre-parenthèses désenchantées. Le maître de maison s'appelle Bernard BALLANGER : l'homme des situations accueillantes (ECOUTEZ Bernard).

Des gentlemans marins endimanchés de cabans bleu y croisent des marins sur le retour et des roturiers gouailleurs charpentiers de marine. Tout ce petit monde cultive la conversation polie avec bienséance et l'entre-soi. Cela tourne parfois au boudoir littéraire loin des tracas du monde.

Monsieur BENIER y racontera sûrement comment trois baleines ont un jour changé sa vie. Tiens il se trouve que ce Monsieur c'est aussi l'auteur des affiches de l'Aquarium de La Rochelle qui trônent dans mes toilettes !

Journal de bord schizophrénique d'un abandon virtuel pendant le Vendée Globe 2016 à bord de "notretransat650"

En l'écoutant, je me pose aussi la même question que lui : comment les hommes pourront survivre sans les chants dissonants des baleines ?

Au plafond de la maison du Yacht Club Classique est suspendue la maquette du plan de forme de la charpente du prestigieux VELOX.: une fulgurante goélette de 1876 qui préfigurait bien des innovations technologiques du XXème siècle.

Certains y voient encore souffler son esprit, moi j'y vois la cartilagineuse carcasse décharnée du gigantesque Martin que Santiago ramena à la côte.

Allez je dois vous laisser. Il me faut remonter sur le pont régler les voiles. Je viens de modifier mon cap pour lofer, le vent semble me refuser la route directe vers Cuba.

Avant de m'y recueillir sur la tombe de CASTRO (où d'ici là son mausolée), j'y mouillerai dans les petits ports cubains pour demander à des petits Manolin, si leurs grands-pères ont jadis connu, dans le début des années cinquante Ernest HEMINGWAY.

 

JOUR 1 : 26/11/2016 à 16h00

Journal de bord schizophrénique d'un abandon virtuel pendant le Vendée Globe 2016 à bord de "notretransat650"
Journal de bord schizophrénique d'un abandon virtuel pendant le Vendée Globe 2016 à bord de "notretransat650"

Sur les conseils de mon staff technique j'ai fait escale dans la petite île de TRINDADE.

Pas grand chose sur cette petite île volcanique occupée juste par une petite garnison de la marine brésilienne. Le médecin de la base a diagnostiqué une fêlure de mon coude gauche et m'a posé une grosse atèle qui m'enveloppe l'épaule jusqu'à l'avant bras.

Après 10 heures de repos ne voyant pas bien quoi faire sur cette île, j'ai décidé de reprendre la mer. Le pilote fonctionne bien heureusement car je ne suis pas prêt de retoucher la barre. Pourquoi barrer d'ailleurs un bateau hors course ?

A l'escale j'ai eu le temps de faire un grand rangement dans le bateau : il faut dire qu'avec mon plâtre et ma mine assortie, des jeunes militaires m'ont prêté main-forte.

Et devinez quoi ? J'ai retrouvé le bidon qui maintenait au sec les tablettes de chocolat. Il faudra que je me rationne, combien de temps dura le retour ? je l'ignore.

Au fait le jour d'avant mon accostage j'avais croisé non loin de la route d'Alan ROURA. Il est toujours en course et regagne le temps perdu à aller capter du réseau GSM le long des côtes du Brésil. Il m'a confirmé qu'il pouvait de nouveau télécharger sur son PC les fichiers météos à coût réduit pour pouvoir continuer son routage pendant la course. Décidément il y a vraiment plusieurs catégories de coureurs dans ce Vendée Globe. Je me souviens des mots échangés avant le départ avec Alan et ses parents, il me semble encore ENTENDRE LEURS  VOIX .

C'était juste après le baptême de son bateau par Catherine CHABAUD. Il faut dire que son bateau le légendaire «Le Pingouin» est le plus vieux bateau de la flotte. Catherine avait fait le Vendée Globe 2000 avec. Elle avait démâtée au large de l'Espagne à trois jours de l'arrivée ! C'est le seul plan LOMBARD encore en course. Le plus jeune skipper (23 ans) juste cinq ans plus que son bateau ça a vraiment de l'allure.

Depuis le départ de l'île que j'ai contourné par bâbord jet navigue maintenant au portant.

Au fait, en quittant le ponton les marins m'ont crié : «Fidel Castro está morto !”

Avec le vent qui sifflait j'avais d'abord compris que CASTRO faisait une sortie en Harley. Mais en ouvrant l'ordinateur de bord, j'ai bien compris la portée de la nouvelle.

Et si je mettais le cap vers Cuba ?

JOUR 0 : 26/11/2016 à 0h30

Journal de bord schizophrénique d'un abandon virtuel pendant le Vendée Globe 2016 à bord de "notretransat650"

Après avoir pris un faux départ, le skipper a heurté cette nuit le coin de son bureau. En accord avec son staff technique "notretransat650" fait désormais route vers La Rochelle. Joint à la vacation de minuit et demi voici ses premiers mots :

"Pas facile comme décision à prendre mais les dégâts sur mon coude sont trop importants, ça bleuit à vu d'oeil. Je vais tenter de rejoindre le bar "Au bout du rouleau" à La Rochelle mais cela risque de prendre du temps, d'autant que je ne me rappelle plus où j'ai bien pu ranger les tablettes de chocolats : c'est un tel foutoir à bord."

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Published by notretransat650.fr - dans Mon journal de bord VIRTUALREGATTA
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