18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 12:00

journaldebord

 

Je suis Charlie,

Je suis Thierry qui veut faire la mini,

Je suis perdu,

Je suis un petit troll.



On se souvient tous de ce que l'on faisait le 11 septembre quand les tours du World Trade Center se sont effondrées sous l'impact de deux boeings.

Moi, pour être honnête, moi plus très bien. Je me souviens encore du flot d'images du premier crash qui tournait en boucle  et avoir vu en direct le second, mais où, ben non je ne m'en souviens plus.

Ce mercredi, c'est au Bout du rouleau que j'ai vaguement entendu la nouvelle de la fusillade à Chalie Hebdo. Je préparais un clef USB à donner à Georges pour qu'il diffuse les selfies de mes amis pris avec le magazine Voiles et Voiliers sur un des écrans de son bar.

Puis suis allé faire les soldes pour chercher un portable pour mon frangin. Et ce n'est que le soir que j'ai compris ce qui s'était passé et que «le prophète Mahomet avait été vengé» par deux cagoulés avec des kalashnikov : ils ont tué Cabu, Wolinski, Charb et Tignous et l'oncle Bernard.

Alors j'ai ouvert FACEBOOK, j'ai vu l'appel à la Manif à la Médiathèque sur un post de mon père pour RADIOCOLLEGE, j'ai changé ma photo de profil et de couverture, je suis devenu «Charlie» et je suis parti rejoindre tenter de retrouver mon père à la Manif.



Pas facile de retrouver un proche dans une foule qui se masse devant la médiathèque, pas facile de trouver Charlie father.

Alors c'est là que je me suis changé en troll à cause d'une intuition à la con : le seul moyen de retrouver mon père dans la foule, c'était de monter sur le pont à bascule avant que le cortège ne l'emprunte et ainsi pouvoir l'apercevoir au passage.

Alors suis monté, me suis assis et j'ai vu commencer à défiler la foule.

C'est dense une foule et impressionnant.

Ca vous fait monter l'émotion, l'émotion d'être ensemble, l'émotion d'un cortège funéraire et funèbre, l'émotion d'une tristesse infinie et partagée, l'émotion de se sentir plus fort ensemble et d'avoir moins peur.

Et moi juché sur le pont, de mon point d'observation incongru, j'ai eu le sentiment d'être transformé en un petit troll.



En plus mon père je ne l'ai pas vu passer.

Et je suis donc devenu un troll pour rien. Si j'avais su, j'aurais filmé, fixé ma gopro et fait un beau timelaps à la manière de Seb «Face à la Foule !».

Parmi les nombreux passants que j'ai pu identifier dans la foule, l'un m'a interpellé : «On cherche toujours son père !» m'a répondu Jean alors que je tentais de lui expliquer pourquoi j'étais devenu un troll perché.

Mon père je l'ai retrouvé par hasard, bien plus tard à la fin du court défilé, sur la place de l'hôtel de ville. Et nous étions contents de nous retrouver.

C'est pas commun de devenir un petit troll.

Mais tout compte fait je trouve que ça me définit assez bien. Car vous savez que j'ai souvent l'impression d'être entre deux mondes : le monde de l'imaginaire et le monde du réel.

Et quand suis déprimé, le monde des morts et celui des vivants.

Un petit troll parfois aussi imperméable à la compassion des êtres proches, imperméable à la vie des sentiments humains, mais là putain :

«Ils ont tué Cabu !

-Tu t'es vu quand Cabu ...?

Morbide cuite,

Mise en bière subite.

Du sang et des larmes,

des fadas et des armes.

Le peuple pleure,

et panse ses peurs.

Coude à coude,

serrés dans la foule.

Des espoirs de lendemains,

désespoirs dans le chagrin.

Une petite larme de troll,

sèche dans la froide pétole.



De retour à la maison, re-allumer l'ordi pour sombrer dans FACEBOOK, retrouver mon réseau social pour partager mon émotion, poster des messages pour tenter de partager au monde le début du séisme, les prémisses du schisme. Tenter de partager avec mes amis mordus de la voile, l'émotion d'un peuple qui se lève enfin pour se revendiquer des valeurs oubliées de liberté, d'égalité et de fraternité.

Une nuit de communion dans le deuil, et au petit matin histoire de se changer les idées, publier une petit appel au selfie pour la mini de Thierry avec le selfie d'Annie. Une dernière provoc, dessous rouge et noir en dentelle sur ma tronche couchée sur du papier glacé.

Une photo qui m'évoquait les nuits d'étudiant stagiaire à Montréal dans la boîte des « foufounes électriques », une boîte de nuit à l'image de notre TRIOLET rochelais.

Et c'est là, au petit matin, que j'ai reçu ce message sybillin d'Art, la créatrice du groupe des mordus de la voile :

« Ceci est un troll, tu es définitivement banni du groupe des mordus.

- Un quoi ?

- Un troll !

- Mais c'est quoi un troll je ne parle pas le québecois moi ?

- Va voir sur google. »


Un troll pour google et les internautes c'est :

«un troll est un message (par exemple sur un forum) dont le caractère est susceptible de provoquer des polémiques, ou auquel on ne veut pas répondre et qu'on tente de discréditer en le nommant ainsi. Le mot troll peut également faire référence à un débat conflictuel dans son ensemble, soulevé dans cet objectif.

L'expression peut aussi s'appliquer à une personne qui participe à une discussion ou un débat dans le but de susciter ou nourrir artificiellement une polémique, et plus généralement de perturber l'équilibre de la communauté concernée. Mais pour cet usage on utilise plus communément les termes trolleur/trolleuse.

Dans la majorité des cas, l’évaluation repose sur l’aspect récurrent ou caricaturé de l’argumentation. En français, le terme « trollage» existe aussi pour désigner le fait de susciter ou participer à un troll. Les usagers d'internet emploient généralement les termes « troll », « troller », comme synonymes de « moquerie provocatrice » plutôt que de « polémique ».

Le troll est à distinguer du « flaming », qui consiste en l'envoi de messages délibérément hostiles et insultants avec l'intention de créer un conflit.»

Alors là, suis resté médusé et un pas peu fier : être le petit troll censuré à cause d'avoir publier un troll !

Mais bondiou Art, le moindre dessin de Charlie Hebdo devrait être considéré comme un troll et c'est bien à cause de ça qu'on bataille au pays des droits de l'homme, pour la liberté de publier des trolls. Maudits puritains de québécois !

Ensuite, il y a eu le déluge d'images sur les chaines d'infos en direct. S'en imprégner jusqu'au dégout. Puis tenter de prendre du recul, écouter France Cul. Recadrer et favoriser les messages de tolérence sur FB. Tenter de prendre de la hauteur de vue.

Puis re-manif dominicale comme une messe laïque et digestive à La Rochelle sous le soleil, être un Charlie parmi tant d'autres, un Charlie en famille. Mais déjà pour moi moins d'émotion dans le flot des supporters de ce match retour en quelque sorte : puisque c'est sur l'itinéraire inverse que la manif a piétiné.

Changer son profil «je suis Charlie» pour la dernière couverture du dernier «Charlie Hebdo». En guise de dernier blasphème. «Tout est pardonné», rien n'est pardonné.

Et sentir que le pire est à venir, que la belle unité des «Nous sommes Charlie» est en fait bien minoritaire dans ce pays. Qu'il y a une majorité silencieuse et haineuse qui ne sont pas du tout Charlie. Que la bête n'est pas morte. Et que les lendemains déchanteront sous un déluge de haine, de kalachnikov et de FM, du cri des armes sur nos ondes de vie, de la descente aux enfers à la prise du pouvoir par le FN. La peur déjà change de camp. Des camps de concentration d'horreurs programmées.

Je suis un petit troll.

Je suis perdu.



Alors redevenir «Thierry qui veut faire la mini».

M'accrocher à un calendrier comme on s'accroche à une bouée de sauvetage.

Et un calendrier, j'en ai un à honorer : ce jeudi 22 janvier, c'est l'AG de mon asso Notre Transat qui est depuis belle lurette programmée.

Ne pas lâcher, quitte à passer pour un lâche qui prépare sa fuite, son exodus.

Rameuter les quelques amis fidèles qui me restent, pour relancer l'asso avec l'espoir de retrouver un bateau pour 2015.

Avec l'espoir de continuer à vous raconter l'histoire du petit troll qui voulait faire la mini-transat juste pour pouvoir se sentir vivant à la poursuite d'un rêve d'enfant.

Alors re-changement de profil FB : c'est désormais «l'apprenti auteur et skipper avec un micro» qui illustre mon profil.

Repartir à la recherche de sponsor avec l'aura de «L'homme sans bateau» et de ses six pages du magazine Voiles et Voiliers.



En attendant ce jour... Tenter de renouer le fil avec la mer.

Ne plus laisser s'échapper les opportunités de quitter le plancher des vaches même  sur des bateaux qui ne sont pas des minis. Et aussi garder les liens pour rester amarré aux premières loges du centre d'entraînement rochelais le Pôle Atlantique 6.50 afin de pouvoir vous raconter les histoires des ministes locaux qui vont vraiment partir à l'assaut de leur mini-transat en 2015.



Alors pour finir sur une bonne note iodée, deux petites histounettes à vous narrer :

l'une ce vendredi : grâce à mon nouveau diplôme de grutier des potences des Minimes, j'ai pu aider et assister un des deux co-propriétaires du mini «Bon pied,bon oeil» : le 260. Celui de Richard. Celui qui m'a valu le bel article dans V&V, celui que j'ai tant convoité, celui que je n'aurai jamais et c'est un regret éternel tant l'histoire aurait été belle à partager avec Richard. Mais je n'ai pas pu réunir l'argent pour l'acheter en temps voulu et cet article est arrivé trop tard pour m'aider à l'acheter.

Depuis, un des deux co-proprios m'a fait le plaisir de naviguer à son bord et là,     c'est le deuxième qui m'a fait l'immense plaisir de m'appeler pour l'aider à le sortir de l'eau. Et ce fut un véritable plaisir d'avoir pu répondre présent.

«Bon pied bon oeil» est désormais parti à Nantes. Loin de mes yeux, mais pas loin de mon coeur à jamais.



L'autre fut initiée en direct sur le plateau de RADIOCOLLEGE, lors de ma dernière émission. Pierre Gasté, le nouveau président de Voiles et Avirons dans les Pertuis, me fit la déclaration suivante :

«- Thierry, en tant que membre de notre association, tu ne seras plus jamais «L'homme sans bateau». Je t'invite à venir à la barre de MUDDY, le nouveau voile-aviron de l'asso, que nous a donné Sylvain BERTHOME en l'échange de sa restauration pour qu'il re-navigue à nouveau.»

Une telle invitation vous fend le coeur d'autant plus qu'elle émane d'un ami qui parle au nom d'un groupe fraternel.

Alors ce samedi à Port neuf vers 13h, j'embarquais avec Isabelle, la secrétaire de l'asso VAP sur MUDDY. Certes ce fut plutôt une navigation en convoi à la remorque pour pouvoir gagner le vieux port en temps voulu pour la première initiation à la godille de l'année 2015.

Mais cette forme de navigation enfantine sur une sorte de «gros optimist en bois vernis», ce balancement dans le clapotis avec les doigts dans la mer pour faire du sillage une caresse humide, cette remontée dans ce petit train enfantin des premiers cours de voile de nos enfances m'a fait du bien.

Même si le moniteur de Pierre ne nous a jamais largué à nos libertés respectives de devenir seul maître à bord à la barre de nos barcasses, seul et libre de trajectoire, de notre destin, ce fut une belle et fondamentale reprise de contact avec la vie de marin.

Avec pour dire plus juste : l'essence d'une vocation inaccomplie.

Avec la renaissance du marin frustré que j'ai refoulé au plus profond de mon être.

De mon être de marin,

De mon mal-être d'être terrien.

De n'être rien.

Plus rien et perdu pour votre monde d'adultes.

De n'être plus que votre petit troll qui prépare sa grande évasion.



Pour info il y a eu depuis le dernier article de «mon journal de bord» et depuis le début de l'année 2015 tout simplement, deux émissions de radio notre transat.

  • n°90 diffusée le 08/01/2015 : avec Dominique AGNIEL. Dominique est réalisatrice de documentaires et auteur de récits de voyages et de biographies. Elle a jeté l'ancre à La Rochelle après avoir vécu au Liban, au Canada, et en Polynésie. Dans l'émission elle nous raconte son voyage aux Marquises sur les trace des Brel. Une belle émission conclue par un petit message de circonstance. Dominique est Charlie.

  • n°91diffusée le 15/01/2015 : avec Pierre GASTRE. Pierre est le nouveau Président de l'asso Voiles et Avirons dans les Pertuis. Il nous invité à découvrir une manière de naviguer autrement : en famille, parfois en flottille sur des petits bateaux transportables facilement et qui n'encombrent pas les ports inutilement. VAP c'est aussi une belle association dont je suis très fiers d'être membre sans bateau.

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