9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 23:59

journaldebord

Pour l'accord de l'adjectif du titre je dois dire que j'ai hésité. Au masculin ça sonne mieux mais compte-tenu : un de la production de canne à sucre en Bretagne, et deux qu'il qualifie sans aucun doute ici des vapeurs franchement féminines pour ce séjour à Saint-Malo, l'accord ne pouvait pas rester masculin.

 

On chipote parfois sur le choix des mots mais figurez-vous que ma journée a été hachée menu par l'invitation à la cantine du bateau de l'Amiral en compagnie d'un Marquis ! Donc il fallait faire gaffe à son langage car ça jouait de la métaphores à cappella autour du gorgeon. Après que l'Amiral nous ait passé la métaphore de l'oeuf coincé entre le France 1 et le Saint-Gille par son ex-pilote d'une adresse reconnue, nous sommes tombés d'accord avec le Marquis sur le fait qu'il ne suffisait pas de maîtriser beaucoup de mots de notre belle langue française pour exprimer simplement des pensées sincères. La preuve fut fournie par l'éloquence de l'Amiral évoquant son apprentissage dans l'ostréiculture locale : «Avec un «couillon» dans la phrase on peut balayer avec trois mots la palette des sentiments humains !».

 

Des conversations comme celle-là, que j'aurais voulu vous les faire entendre : le micro était dans ma sacoche mais je n'ai pas osé demander si je pouvais le sortir. La conversation s'est donc déroulée en mode «off». Il va falloir un jour que je me décide à passer avec leur accord en mode «on». Un jour peut-être.

 

Du «off» au «on», avec un micro ou à travers les lignes de ce journal de bord : la limite devient de plus en plus ténue. Mais il faut bien y mettre une limite et rester border line.

 

C'était au départ de la 10ème édition de la route du rhum qu'il fallait être cette année pour respirer les vapeurs malouines de rhum, donc. Je m'y rendis mercredi soir avec mon camion de plombier débarrassé de ses artifices de travail. N'ayant aucune connaissance particulière de la géographie de la capitale des malouines, j'atterris au pif sur les quais de l'avant bassin de la gare maritime et c'est la silhouette d'un bateau familier noir avec un jolly's roger blanc et pacifique qui me fit piler.

J'étais arrivé à bon port.

Le Columbus SEA SHEPHERD était à quai; au loin, au pied de l'imposante citadelle en granit, dormait la flotte des bateaux de course illuminés.

 

D'abord se balader en ballot bouche bée au pourtour des pontons, admirer le spectacle des bêtes de course assoupies pendant que Columbus appareillait justement pour s'offrir une séance photo en allant faire des ronds dans l'eau au milieu de bassin. Quel spectacle... couillon ! Quelle farandole, quelle guirlande extraordinaire pour l'amateur de course au large que formait la ribambelle des 91 bateaux engagés cette année dans la course. Et cerise sur ce formidable plateau, le Columbus flottait là dans son halo de lumière artificielle verte, comme sur des algues locales et phosphorescentes.

 

Refaire le tour des quais, repasser l'écluse pour rejoindre le Columbus qui venait de reprendre ses amarres, monter à bord pour retrouver Richard et Jean et saluer le célèbre propriétaire Jean-Yves TERLAIN... ça commence plutôt pas pire cette escale à Saint-Malo !

 

Les jours qui suivirent ne furent que du bonheur : cavaler le jour entre pontons et la salle de presse de la course pour caler des rendez-vous et interviewer les skippers en partance. L'idée était de faire causer tous les marins engagés dans la route du rhum qui était déjà passés dans mon émission «Notre Transat». C'est cool de se cacher derrière un micro et un badge presse pour pouvoir parler avec ses héros ! C'est cool et c'est fastoche tant ils ont tous envie de partager leur histoire, leur espoir, leur doute parfois. Et puis petit à petit ils me sont devenus plus familiers. J'ai le sentiment qu'ils commencent à m'accepter et qu'ils se livrent plus facilement, sachant le désir que j'ai de bien raconter leur histoire. Toujours la même histoire : des hommes qui rêvaient de partir en mer, de partir en course au large, des «rochelais» qui ne se sont pas résignés à immigrer pour partir préparer leur bateau en Bretagne. Des coureurs qui font que les quais du bassin des chalutiers sont encore animés les mois qui précèdent les courses, de petites armées de préparateurs, gréeurs, stratificateurs, ficeleurs de tout bord qui opèrent des grandes manoeuvres pour que leur bateau soit fin prêt le jour J pour prendre un bon départ.. ailleurs.

 

Cà c'était le côté pile du séjour maloin. Le côté piles alcalines qu'il faut changer souvent pour être sûr que ça enregistre quand y'a quelqu'un qui veut bien causer dedans. Le côté pile à l'heure au moment de la conférence de presse pour jouer des coudes au milieu du grand ballet de la société du spectacle, des belles attachées de presse, de com, des faiseurs d'images, des mythes et des contes et légendes d'aujourd'hui.

 

Mais il y a aussi le coté face. Le côté face cachée. le côté obscure de la force. Le côte à côte avec les hommes et les femmes en noir avec la tête de mort floquée sur le sweetshirt, tatouée parfois à même la peau et toujours dans le coeur qui racontent encore et toujours la même histoire : celle du petit bateau pirate dans la bergerie des pêcheurs de squales, celle des expéditions sur toutes les mers du monde où il faut aller sauver les willy en s'interposant avec de frêles embarcations devant les pêcheurs de baleine dans des pseudo-sanctuaires. Celle aussi où il faut avoir le courage de tenir tête aux adeptes de rituels tenaces des temps anciens mais non révolus qui consistent à égorger les bandes de globicéphales rabattus dans des criques pittoresques, les pieds bien dans leurs cuissardes plantées dans une mer de sang.

 

Les bergers de la mer sont à Saint-Malo comme chez eux portant leur message «élémentaire mon cher Watson», leur «maintenant basta il faut que tout cela cesse» et ils sont tous prêts à aller bénévolement mettre les mains dans le cambouis et donner de leur belle personne pour faire avancer le chmilbic.

 

Parmi les SEA SHEPHERD, dans la famille des hommes intègres, il en ait un qui m'a introduit. C'est évidement Richard MERIGEAU. Quel plaisir de le suivre dans sa vie à bord de Columbus et dans les ruelles de Saint-Malo. Il y est comme un poisson dans l'eau. En tant qu'ancien skipper de course au large «born in mini», il connait aussi tout le beau monde qui a fait ou fait encore l'histoire de la course au large.

Juste le suivre dans ses cordiales déambulations nocturnes.

Juste devenir l'ombre de son ombre, l'ombre du marin jusqu'au petit matin.

 

Que vous raconter de cette merveilleuse odyssée en pays malouin ?

Que me restera-t-il une fois l'euphorie des moments d'ivresse retombée ?

Que vous raconter de racontable sans violer et dévoiler leur belle et fraternelle intimité ?

 

Allez, je me lance et comme on est maintenant dimanche et que je vous écris à côté de la borne du PMU à l'heure où il faut composter son quinté gagnant, je vais vous jouer dans l'ordre :

 

en un, la richesse des incroyables rencontres à bord de Columbus. Avec l'équipage mais aussi avec les bénévoles qui ont participé à la campagne GRIND STOP 2014 aux Féroés. Un ramassis de talentueux militants : Jérome le photographe bon pied bon oeil, Alain le photographe pro, Céline interpellée deux fois par les forces militaires danoises, Jeff de Nantes le blogger homme d'affaires.

Et au milieu de l'équipage coulent les jours d'un homme de légende, seul maître à bord et de son destin. Ce grand marin s'appelle TERLAIN.

D'ailleurs il aurait été plus juste qu'il se nomme MERLAIN tant ce bonhomme a enchanté nos rêves de victoires définitives contre les skippers anglais du temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Sur les quais de Saint-Malo tous les anciens vainqueurs des neuf éditions de la route du rhum sont venus à la manière de Sun Set boulevard imprimer leur paluches dans le béton lors d'une cérémonie émouvante et nostalgique. Là anonyme dans la foule je ne pus m'empêcher de penser que Jean-Yves était vraiment passé plusieurs fois à deux doigts d'être lui aussi présent sous les projecteurs.

Jean-Yves MERLAIN tant ce gentleman ad'hoc continue à nous emporter dans les soutes de son ancien imoca avec sa nouvelle bande d'iroquois de sauveurs des mers.

Que vous dire du plaisir d'être juste là, en jouant le rôle du serveur préparant un extra, juste là présent au moment au Jean-Yves fait pêter le champagne, devant l'écran de télé de Columbus, au coup de canon du départ de la dixième édition de la route du rhum. Et c'est parti et les images défilent en direct d'abord puis vient le tour des reportages d'archives sur l'histoire de cette mythique course et sur l'écran surgissent des images pastelles de Jean-Yves, flambant jeune en combinaison orange, casqué d'un bol d'argent au départ des premières éditions sur des bateaux improbables et déjà ultimes. Drôle de sentiment : comme s'il venait de sortir de l'écran de la télé, de se téléporter en dehors du reportage dans un instantané voyage dans le temps.

En deux, parmi toutes les rencontres faites à bord de Columbus, il en est une tout à fait extraordinaire. Si je vous demande qui était à bord de VSD vainqueur de la transat en double en 1979 avec Gilles GAHINET ? Un autre indice : dès que le vent soufflera je repartira... Et bien figurez vous que j'ai eu la chance de finir une soirée accoudé au comptoir de Columbus en tête à tête avec Eugène RIGUIDEL : solide gaillard de 74 ans !

 

En trois, ce fut bref mais il se trouvât que mon camion était garé sur un quai du port du commerce non loin aussi de l'emplacement dévolu à Notre Dame des flots. C'est de retour de la virée nocturne du vendredi alors que je cherchais un quai pour pisser au vent, que j'entrevis la majestueuse silhouette de ce vaisseau fantôme. Après un court dodo dans la bannette de mon transit, je m'invitais à bord partager un petit café avec Pépo, Pitchoune et leur équipage rochelais juste avant de larguer leur dernière amarre. Là aussi,  à bord que du beau monde et tout plein de chaleur humaine.

 

En quatre, il y eut cette folle nuit blanche de samedi à dimanche où vers quatre heures et demie du matin je retrouvais l'accès des pontons pour assister à l'arrivée des skippers de la route du rhum qui devaient gagner la ligne de départ. Quelle émotion de voir Jean-Christophe CASO et Louis Duc s'étreindre avant le départ pour le passage fort matinal des écluses. Puis de retour au sprint à bord de Columbus, quel plaisir de voir passer la deuxième moitié de la flotte des bateaux de cette dixième édition de la route du Rhum.

 

En cinq, enfin une dernière d'anecdote aussi improbable que de gagner le quinté dans l'ordre. C'était à «L'univers» : un bar célèbre de la cité de Jean Bart. Il s'y trouvât je ne sais plus pourquoi que je confiais à Richard une petite histoire du temps où je voulais trouver des sous pour racheter son ancien mini le n°260 «Bon pied bon oeuil». J'organisais alors une petite sortie en mer avec une pigiste du magazine «Voiles et voiliers» sur «Bon pied bon oeuil» donc avec Richard donc et Julie BOURGOIS la journaliste en question. C'était au printemps dernier et Julie m'avait envoyé son article par mail. Depuis plus de nouvelle. Je confie donc à Richard qu'il est donc temps que je lui envoie l'article tant qu'il était bien écrit et que j'aurais préféré qu'il le lise directement dans le magazine mais que maintenant il y a peu de chance qu'il y soit imprimé un jour. Et puis me voilà parti ailleurs chercher d'autres marins avec d'autres histoires. De retour à «L'univers», Richard me raconte qu'il vient de rencontrer l'équipe de la rédaction de «Voiles et voiliers» qui s'est exclamé "- C'est toi le pote du plombier !"  et  du coup l'article devrait maintenant paraître en janvier !

 

Voilà, rideau.

Retour à la case départ sans toucher vingt mille francs.

Remettre l'attirail de plomberie dans le camion.

Ré-intégrer le corps du plombier qui rêvait de faire une course au large.

Retourner dans la peau de Thierry les bons tuyaux.

 

Avant de conclure, comme il est maintenant de coutume, par vous livrer le programme des dernières émissions de Notre Transat, j'ai juste envie de vous raconter le retour de Columbus à Saint-Gilles-croix-de-vie où il était attendu ce week-end..

Figurez-vous que cherchant à faire escale pour s'abriter d'un coup de vent sur l'île d'Yeu avant de rejoindre le port de Saint-Gilles qui doit l'accueillir gratuitement pour l'hiver, des insulaires et fiers de l'être, des pêcheurs de requins taupe ont organisé un petit comité d'accueil digne de nos fêtes pré-bac du Père-cent.

Les voilà bombardant le navire ambassadeur de SEA SHEPHERD de farine et d'oeuf et coupant les amarres forçant l'équipage à appareiller.

Depuis le bateau est bien arrivé à Saint-Gilles, la presse locale s'est emparé de l'affaire, titrant ce dimanche dans Ouest-France : «Le bateau pirate pourra-t-il rester en Vendée ?»

 

Que faire le cul devant mon ordinateur à trois heure trente du mat sachant que Loïc PERON n'en a pas encore fini dans son tour de la Guadeloupe

 

Juste vous dire que si Columbus va à Saint-Gilles-croix-de-vie, c'est que Jean-Yves TERLAIN y a obtenu la gratuité des frais de port. Cette gratuité voire même un tarif préférentiel, il m'a confié l'avoir demandé au Port de Plaisance de La Rochelle et ne l'a pas obtenu.

 

Alors en tant que rochelais, passionné de voile, je me demande qu'est ce que va foutre Columbus en vendée ?

 

Ce bateau a été construit il y a 28 ans au chantier rochelais PINTA avec comme architecte les rochelais (encore) Joubert-Nivelt sous le nom de UAP-Médecin sans frontière (Jean-SAUCET nous ayant appris à Saint Malo qu'il avait participé à sa construction !).

 

Ce bateau a eu une belle carrière en course au large avec une victoire sur la Quebec-Saint-Malo et qui s'est achevé par un démâtage sur le Vendée Globe 1989.

 

Ce bateau à la manière de la Calypso a ensuite pourri sur un terrain vague à l'emplacement de l'actuel Mac-DO, avec un morceau étrave découpé pour éviter sa mise au enchère.

 

Ce bateau une fois ransformé en 2002 par Jean-Yves TERLAIN toujours visionnaire a été mis au service de campagne en méditerranée du WWF, puis maintenant à SEA SHEPEARD. D'abord pour étudier puis maintenant défendre les cétacés : la partie émergée de tout l'écosystème aquatique tout en contribuant largement à sensibiliser les enfants amoureux de l'image des pirates à la protection de l'environnement marin.

 

Alors qu'à La Rochelle ont agrandi le Port de Plaisance des Minimes et que l'on s'apprête à inaugurer le nouveau musée maritime, pourquoi sommes nous  incapables d'accueillir gratuitement ce bateau de légende ? Ne fait-il pas parie intégrante du patrimoine maritime de notre belle ville... et côté rebelle ça devrait coller non ? Le Columbus mérite d'avoir son port d'attache à La Rochelle... il doit avoir d'ailleurs sauf si je me trompe un "LR" sur son tableau arrière.

 

Alors comme ça sert à rien d'enrager tout seul, amis rochelais mobilisons nous pour pouvoir que cela puisse être possible un jour très prochain.

Demandons qu'une place gratuite soit mise à disposition du Columbus de Jean-Yves TERLAIN dans notre port de La Rochelle.

Liker la page «Accueillons COLUMBUS à La Rochelle» pour manifester votre soutien à cette prometteuse initiative !

 

Pour info il y a eu depuis le dernier article de «mon journal de bord» deux émissions de radio notre transat consacrées à la route du rhum pardi !

 

- n°83 du 06/11/2014 SPECIAL ROUTE DU RHUM avec les commentaires de Jean SAUCET et les ITV sur les pontons de Saint-Malo avant le départ de : Yannick BESTAVEN, Jean-Christophe CAO et Wilfrid CLERTON et l'intervention en direct par tél d'Alain DELHOUMEAU.

 

- n°82 du 30/10/2014 SPECIAL DEPART ROUTE DU RHUM avec les ITV sur les pontons de Saint-Malo de : Arnaud BOISSIERE, Martin PIQUET, Charlie CAPELLE et Denis HUGUES.

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