7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 23:59

journaldebord

C'est à 13h30 ce samedi que j'embarquais à bord du France 1.
Des «France 1»  j'en connais trois.
On passe sur celui dont Sardou nous a dit de ne plus l'appeler plus jamais France, car la France elle l'a laissé tomber. Celui là il faut retourner 10 ans en arrière pour avoir pu espérer monter à bord lors de son dernier voyage commercial. Rebaptisé «Norway», il croisait du côté des Caraïbes. Certains rochelais se souviennent sans doute de l'avoir vu en escale au Port de La Pallice le 31 juillet 1998.

Un autre célèbre et le voilier du Baron BIC qui enflamma les espoirs de victoire françaises dans la coupe de l'America. Mais les campagnes 1970, 74 et 77 furent vaines et semèrent le trouble dans la prétendue suprématie française sur la régate.
Celui là on pourrait encore avoir la chance d'embarquer à bord, puisque grâce Bruno TROUBLE le barreur-tacticien de l'époque, la Marine Nationale et les héritiers du Baron, ce «France 1» navigue de nouveau depuis l'année dernière.

Non, c'est à bord de notre «France 1» de La Rochelle que j'embarquais donc ce samedi.
Fastoche me direz-vous : 
«-Ton bar du France 1, tu y passes ton temps à picoler une bonne partie de l'année !».
Oui mais là, il est fermé depuis fin septembre.
Et c'est bien d'une croisière à bord du bateau météo du Musée Maritime de La Rochelle dont il s'agit.

Quand j'évoque notre à «France 1», c'est d'abord à Patrick SCHNEPP  que je pense en premier, et bien qu'il ne soit pas sans doute pas un fan de Sardou, il ne doit plus supporter l'écoute de sa chanson phare et patriote.
Mais Patrick c'est le papa du bateau, celui qui à eu la vision de ce qu'il allait devenir, celui qui avec un rouleau de peinture blanche s'était mis seul en tête de repeindre sa gigantesque coque rouillée.
Je n'ai pas le souvenir non plus d'avoir assisté à sa première entrée triomphale dans le vieux port de La Rochelle en 1988. Avec plus de trois cent invités à son bord, un piano à queue sur pont et quinze mille rochelais agglutinés sur les quais pour assister à son premier passage des écluses du bassin des Chalutiers, cela devait avoir une autre allure.
Ensuite cela me fait irrémédiablement penser à Stéphano, Antoine, Seb et les autres qui se sont succédés derrière le bar de notre «France 1». Plus de 10 ans pour moi de mémorables fiestas à bord et 10 ans de plus pour les rochelais plus anciens résidents.
J'avoue aussi ne garder aucun souvenir d'avoir assister à l'un de ces allers-retours Vieux-Port – Port de La Pallice que notre «France 1» a du réaliser pour son entretien de routine, depuis tous les 8 à 10 ans.

Mais ce samedi 6 septembre 2014, j'embarquais à bord de notre «France 1» pour sa décennale croisière vers le Port de Commerce et nous avons fait un beau voyage.

Comment vous raconter ? Comment vous dire ?

Un compte-rendu technique :
Deux vedettes de Lamaneur le prennent en remorque  : une derrière et une devant. Elles ajustent sa trajectoire pour le faire passer de justesse entre les nouvelles portes de l'écluse, des pare-battages énormes comme des ballons-sauteurs pour adultes empêchent la coque de toucher à babord.
Ensuite ça longe tranquille la nouvelle digue du port des Minimes et sa nouvelle passerelle MENDELA.
Puis plus loin au large de chef de baie, un remorqueur prend la relève, une ralingue casse sans conséquence. Mais malgré l'allumage du groupe électrogène, les énormes guindeaux et cabestans électriques ne marchent plus : les énormes haussières et ralingues doivent être manipulées avec précaution par l'équipe expérimentée des bénévoles du musée dirigée par Johann (le premier TUC de Patrick qui connait tout du bateau) sous la direction du pilote et de ses lamaneurs montés à bord.
Enfin il entre dans le port de La Pallice et on retrouve les deux vedettes de lamanage qui le garent avec précaution sur un quai après avoir passé un long sas un peu plus large que l'écluse du départ.

Bon voilà, c'est fini pour le résumé technique du voyage. Celui qui pourrait figurer sur son journal de bord.

Mais il se trouve aussi qu'avec ma houppette au dessus de ma tonsure, j'ai une bouille de Tintin-reporter, un tintin de 50 balais certes qui se décrépit contrairement à nos héros de bandes dessinées  éternellement figés dans l'éclat de leur jeunesse.
Et de Tintin-reporter, j'avais plutôt la mission reportage avec mon micro aux poings, ce qui vaut mieux pour faire de la radio qu'avoir une langue de vipère.

Et du son j'en ai fait plein et je vous réserve une petite surprise pour un prochain jeudi festif. Mais je ne vous en dit pas plus car ce ne serait plus une surprise.

Mais ce que je peux vous affirmer c'est que :
«Nous avons fait un beau voyage
Nous arrêtant à tous les pas
Buvant du cidre à chaque village
Cueillant dans les clos des lilas».

Pourquoi ai-je ce vieil air d'opérette en tête à en perde ma ciboulette ?

Probablement car j'ai du l'entendre dans mon enfance, peut-être chanté par ma grand-mère en Algérie.
Parce qu'il faut que je vous dise que ce retrouver sur la passerelle d'un cargo comme celui là, accoudé à la passerelle avec pour tout horizon le pont avant et l'océan c'est pas anodin pour un enfant de pieds-noirs.
Ca évoque dans l'inconscient collectif familiale le grand départ de 1962, cette croisière qui n'amuse personne pour rejoindre Marseille après une courte traversée de Méditerranée.
Cette croisière je ne peux m'en souvenir car je suis né deux ans plus tard, toujours à Oran, car mes jeunes parents eurent ensemble la bonne idée de retourner dès la rentrée de septembre 62, continuer leur encore plus jeunes carrières d'instits dans les bleds oranais.

Mais ça c'était avant. L'émotion la plus forte je l'ai ressenti à l'arrivée de la croisière du jour de notre «France 1».

Il se trouve que lentement mais sûrement il n'accosta pas n'importe où dans le port de commerce de La Pallice, mais sur le quai proéminent de la base sous-marine de La Rochelle. Et là bonjour le flash-back !
J'ai 16 ans : je fonce mon nez sur le compteur de mon tout nouveau peugeot «105», cherchant à rester dans l'aspiration de mon pote en «103 kité». Nous sommes partis de bonne heure de Chatel pour nous rendre en cette première semaine de vacances dans un troquet du Phare des baleines pour notre premier job d'été. Un crochet dans la base sous-marine s'impose avant d'embarquer dans le bac pour l'île de Ré.
J'ai 17 ans au Lycée Valin, dans ma classe un pote mod bourgeois frime sur son vespa. Il est grand, il est beau, il nous raconte sa prestation de figurant dans le premier film des aventuriers de l'arche perdu. Accoutré d'un uniforme nazi, il faisait le gué devant le sous-marin pendant qu'Harisson Ford embarquait à bord du sous-marin.
Longtemps jusqu'à ce triste jour où le Port devenu trop autonome nous arrache cet unique et si familier lieu de pèlerinage, j'aimais retourner aller voir dans la base sous-marine si la croix gammée y trônais encore telle une peinture rupestre de notre caverne à souvenirs.
Y allez aussi la nuit aussi et pousser jusqu'au bout du mole d'escale voir les illuminations en partance nourrirent nos rêves de large et d'évasion.
Mais ça c'était avant.

Une fois arrivé à bon port, l'équipe du musée maritime nous ramena à La Rochelle, j'ai eu la chance de faire la navette dans la voiture de Guillaume, son nouveau chargé de com et entre Richard et Tof le ferrailleur sur la banquette arrière.
Escale au Bout du Rouleau le temps de récupérer Waloo et cap sur «Notre Dame des Flots» car je dois récupérer le manuscrit de ce livre corrigé par Pitchoune.
Quelle femme ! Quelle gentillesse d'accepter ainsi de se coltiner mon journal de bord, elle qui en aurait tant à écrire de journaux de bord de ces innombrables voyages sur tous les océans de notre petite planète.
Nous attendons Pepo son homme, Johann et le reste de l'équipe du musée, mais il ne viendront pas.

L'after de cette mini-croisière se passe ailleurs. Dans une ancienne voilerie de La Rochelle.
Dans une salle de bal des souvenirs et de l'amitié. Une salle immense avec plancher un flambant neuf peint au couleur du pont du «France 1». C'est dans la maison de leur Amiral que l'équipage a décidé de faire escale.
Patrick n'est pas venu saluer le France 1 au bout de la promenade de la nouvelle digue des minimes.
A bord on guettait sa fluette silhouette de cycliste à casquette bleu marine. Il n'en a pas eu la force ni le courage. On ne ferme pas le livre de sa vie sans douleur. L'Amiral attendait son heure chez lui se préparant à fêter ses convives et à se repaître des nouvelles aventures du France 1. Il n'a pas été déçu.

Nous, nous étions avec Marie invité à fêter l'anniversaire d'un ami aussi cinquantenaire que moi : un bel ami.
Et quand un bel ami fête ces cinquante ans à La Rochelle et bien ça fait du beau monde à la fête.
Et ne voilà-t-il pas que je retrouve Lulu, le bras droit de Philippe POUPON à la grande époque où la course au large sentait bon le jambon. Nous causons d'un script d'émission sur le bateau Columbus que je lui ai envoyé et qu'il amende de judicieux ajouts et corrections.

Et ne voilà-t-il pas qu'il me re-raconte une autre histoire :
«- Tu sais il n'y a pas que les aventuriers de l'arche perdu qui a été tourné à La Rochelle avec ce sous-marin ? Moi je jouait le rôle de l'Amiral de la base sous-marine, j'avais un chauffeur et je passais mon temps à me balader dans le port de commerce. Le film c'était un film allemand  :«Das Boot», intitulé «Le Bateau» en France, réalisé par Wolfgang Petersen, en 1981. C'est pour ce film que le sous-marin a été reconstruit et sa production l'a ensuite prêté à Spilberg.
Et dis Lulu ? Comment il a fini le sous-marin ?
Il s'est abimé en mer au large de La Pallice lors d'un remorquage pour une séquence du film.»
Merci Amiral de base de mes histoires marines.

Voilà :
«Nous avons fait un beau voyage
Nous arrêtant à tous les pas
Buvant du cidre à chaque village
Cueillant dans les clos des lilas
Nous avons rencontré des dindons empathiques
Des lapins prolifiques
Des chapons vieux garçons
Nous avons rencontré des oies très distinguées
Des poules intriguées et des cœurs de pinsons
Nous avons rencontré monsieur l' maire et l' curé
La mercière et son frère, le receveur et sa sœur
Nous avons fait un beau voyage
C'est le premier jour du printemps
Les oiseaux se mettent en ménage
Chacun voudrait en faire autant
Nous avons fait des découvertes
Tous les ruisseaux ont rajeuni
Les bois ont mis leur robe verte
Et l'on dit que c' n'est pas fini...»

C'est bientôt le premier jour de l'hiver,
Me consacrer à ma famille, mes amis,
Oublier les rêves de transat et de mer,
Retourner vivre ma petite vie,

Clore ce chapitre de l'écriture,
En voulant croire que c' n'est pas fini.
Mais ce récit d'une immobile aventure,
Me lamine plus que tout voyage en mini.

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Published by notretransat650.fr - dans Mon journal de bord
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